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 Les démonsde F.M. Dostoïevski. Un voyage dans la "solidarité" morale

Les idées de Dostoïevski s'incarnent dans la littérature et nous invitent à réfléchir à la manière d'aborder la conversation avec de nombreuses attitudes de notre époque.

Maria José Atienza

9 de octobre de 2023

les démons

Il a été retrouvé flottant dans le réservoir de Moscou, ligoté et avec cinq balles dans le corps. C'était un étudiant qui appartenait à une cellule terroriste : cinq de ses camarades de classe l'avaient assassiné de peur qu'il ne les dénonce.

Dostoïevski entend parler des événements de Dresde et estime que cette affaire cache un problème plus profond : la jeunesse russe est harcelée par la tentation du nihilisme et la perte des valeurs... 

Dans le roman Les démons (1871), nous accompagnons Dostoïevski dans un voyage spirituel, quelque chose comme une tournée de voix qui produisent différentes sortes de frissons.

Les personnages sont hyperboliques et, en même temps, nous les reconnaissons dans notre cœur. Ainsi, en apprenant à se connaître, nous apprenons aussi à mieux nous connaître : nous redécouvrons que nous sommes capables de nous comporter comme des anges ou des démons.

Le rapport entre la longueur et le rythme du récit me fait penser à un ressort assez rigide. Dans les 300 premières pages, l'auteur comprime la spirale pour nous présenter les personnages et le milieu provincial dans lequel ils évoluent.

La patience du lecteur est mise à rude épreuve, mais une fois que le ressort a été complètement écrasé, l'action explose et l'on se rend compte que l'investissement initial en valait vraiment la peine. Les pages s'enchaînent, les crimes se succèdent et, avant même que vous ne vous en rendiez compte, vous avez fini de lire le livre... et vous êtes changé à jamais. 

Comment parvient-il à cet effet ? Le XIXe siècle a vu le développement de la narration polyphonique dans le roman, c'est-à-dire de lignes d'histoire qui évoluent simultanément. 

Les démons est un exemple de l'utilisation de cette ressource. En y regardant de plus près, ce roman aurait pu être divisé en trois. Selon le schéma de Milan Kundera, nous pourrions mentionner : "(1) le roman ironique de l'amour entre le vieux Stavroguine et Stepan Verkhovenski ; 2) le roman romantique de Stavroguin et de ses amours ; 3. le roman politique d'un groupe révolutionnaire".

Ce qui unit ces trois histoires, ce sont les personnages et leurs interactions les uns avec les autres : cela donne une cohésion à l'œuvre et multiplie sa force expressive. 

Dostoïevski pensait que nous, les hommes, sommes beaucoup plus unis entre nous que nous ne le pensons : d'une certaine manière, tous les Russes de son époque étaient coupables du meurtre d'Ivanov. Mais ce concept de solidarité morale a perdu beaucoup de son sens chez nous, et il nous est difficile de ne pas le considérer comme une exagération.

Comment comprenons-nous cela, est-ce que nous devons nous engager davantage dans les succès et les malheurs des autres et que nous ne l'avons pas réalisé ? L'image de l'athlète qui bat un record de vitesse me vient à l'esprit ; lorsque cela se produit, nous nous réjouissons tous que notre espèce ait franchi cette limite, mais pourquoi ? Peut-être avons-nous le sentiment que, d'une certaine manière, j'étais aussi I qui a coupé ce ruban. Prenons un cas plus frappant : lorsque le Fils de Dieu s'est fait homme, l'espèce humaine tout entière a franchi un nouvel échelon dans l'histoire. Soudain, notre nature humaine a eu accès à l'amitié avec Dieu.

Mais au fond, les marches qui mènent à la zone du terrible semblent sans fond. Les idées des uns et les négligences des autres influencent les crimes de ceux qui sont au-delà. En même temps, et c'est là le paradoxe, chaque être humain est libre et responsable de ses actes.

Les idées de Dostoïevski s'incarnent dans la littérature et nous invitent à réfléchir à la manière d'aborder la conversation avec les athées de notre époque. Si Dieu n'existe pas, quelle est l'autorité d'un capitaine et est-il cohérent que l'athée pense à se suicider ?

D'autre part, si Dieu existe, comment s'étonner que nous puissions l'aimer éternellement ? Dans ce roman, les personnages sont confrontés à des questions extrêmes et poussent leur personnalité jusqu'à des limites qui confinent à la folie.

Grâce à ce puissant effort, nous pouvons apprendre des choses sur la psychologie et profiter d'un pur divertissement. 

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