Un regard catholique sur l'actualité

Évangélisation de l'Amérique : rendre grâce, demander pardon et aider pour l'avenir

La recherche de nos racines nous oblige à regarder le passé et, il est vrai, on y trouve des épisodes pas toujours édifiants. L'évangélisation, en tant qu'événement historique réalisé par des hommes, a aussi des lumières dont il faut être reconnaissant et des ombres pour lesquelles il faut demander pardon.

Maria José Atienza

7 de octobre de 2021

indigène brésilien
Photo : ©CNS photo/Adriano Machado, Reuters

La semaine dernière, la lettre du pape au président de la conférence épiscopale mexicaine à l'occasion du deuxième centenaire de l'indépendance a suscité un vif intérêt en Espagne.

Le texte a été présenté par de nombreux médias comme une demande de pardon pour les péchés commis pendant la conquête.

En fait, c'est beaucoup plus intéressant que cela. Le pape voit dans cette fête une occasion de réfléchir à la liberté et suggère qu'elle ne doit pas être comprise comme une énergie destinée à nous séparer de nos origines, mais à approfondir ce que nous sommes. Ainsi, dans le contexte d'une fête de l'indépendance, le pape parle de racines !

Le pardon, pas les poursuites

La recherche de nos racines nous oblige à nous tourner vers le passé et, il est vrai, on y trouve des épisodes pas toujours édifiants. Dans le passé du Mexique, nous trouvons des abus commis par les Espagnols qui ont mis en contact le riche monde américain avec la vieille Europe. Si nous, Espagnols, devions protester nommément contre les abus commis par certains conquistadors, nous transformerions le patriotisme en partisanerie mesquine, car ce n'est pas du patriotisme que de défendre un crime du moment qu'il a été commis par "l'un des nôtres". Cette façon de penser nous éloignerait de l'esprit dans lequel les autorités espagnoles ont été guidées lorsqu'elles ont soigneusement enquêté et poursuivi nombre de ces conquistadors.

Le Pape pendant l'offertoire de la messe de clôture du Synode de l'Amazone ©CNS photo/Paul Haring

Mais le pape n'avait pas l'intention de poursuivre l'Espagne. Il s'est intéressé au passé du Mexique et à ses racines chrétiennes. Il voulait seulement évoquer la demande de pardon de différents Papes pour les péchés commis par les chrétiens au cours de l'évangélisation américaine. Par exemple, Jean-Paul II a déclaré à Saint-Domingue le 12 octobre 1992 : "L'Église, qui avec ses religieux, ses prêtres et ses évêques a toujours été aux côtés des indigènes, comment pourrait-elle oublier [...] les énormes souffrances infligées aux habitants de ce continent à l'époque de la conquête et de la colonisation".

La proximité des évangélisateurs avec les populations autochtones, dont certaines langues ont été conservées dans les grammaires et catéchismes produits par les missionnaires, ne fait aucun doute. C'est le christianisme qui a été le plus grand mur de soutènement à la cupidité tristement spontanée dans le cœur des conquérants.

Depuis la prestigieuse université de Salamanque, quelques décennies après l'arrivée de Christophe Colomb aux Antilles, l'éminent père dominicain Francisco de Vitoria et d'autres intellectuels catholiques dénoncent les péchés commis contre les indigènes : les méfaits des conquistadors, venant de chrétiens, constituent un grave scandale pour les indigènes à qui l'on remet le trésor de l'Évangile.

La raison principale de la présence en Amérique de tant de religieux dévoués, soigneusement sélectionnés par leurs supérieurs parmi la crème de leurs ordres, était la fidélité au mandat de Jésus et un amour sincère pour les habitants de ces terres. Cela est démontré par les confrontations courageuses avec les autorités politiques exigeant le respect de la dignité de ces personnes et par le fait que la proclamation de l'Évangile a été étendue au-delà du contrôle de ces autorités. Malgré tout, l'autorité elle-même n'a pas peu contribué aux formidables résultats de la présence espagnole, loin d'une colonisation d'exploitation : de nouvelles techniques agricoles et des formes d'élevage jusqu'alors inconnues dans le Nouveau Monde ont été introduites, des centaines d'hôpitaux ont été construits, en moins de cent ans, huit universités avaient déjà été érigées, et au XVIIIe siècle, on comptait 26...

Persécution des catholiques

Ce que peu ont remarqué la semaine dernière, c'est que le pape a non seulement mentionné "des actions ou des omissions qui n'ont pas contribué à l'évangélisation", mais aussi "des actions qui, à une époque plus récente, ont été commises contre le sentiment religieux chrétien d'une grande partie du peuple mexicain, provoquant ainsi une profonde souffrance".

La persécution subie par les chrétiens mexicains pendant la guerre dite de Cristero, plus d'un siècle après l'indépendance, indique que le christianisme est profondément ancré dans ses racines et a transcendé la relation avec l'Espagne.

Mais le pape n'avait pas non plus l'intention de mettre le doigt sur cet autre point sensible, beaucoup plus récent. Le pape nous invitait à nous tourner vers l'avenir. C'est pourquoi je crois que la fête des "tempéraments" qui est célébrée cette semaine dans notre pays peut nous aider. C'est une fête charnière qui relie le passé à l'avenir : ce sont des jours pour demander pardon pour les péchés de l'année écoulée, pour rendre grâce pour les bienfaits reçus et pour demander de l'aide pour l'année qui commence. Les péchés du passé nous rappellent qu'il faut être vigilant, car personne n'est à l'abri de la tentation. Il serait irresponsable de se consoler en accusant nos ancêtres de certaines fautes tout en ignorant les péchés que nous commettons dans le présent.

Peut-être nos prédécesseurs auraient-ils pu faire beaucoup de choses mieux, mais cela ne nous empêche pas de remercier Dieu pour les nombreuses réalisations belles et honorables qu'ils nous ont léguées. Par conséquent, regarder le passé nous pousse à regarder l'avenir avec une prière sur les lèvres, car l'avenir est entre nos mains, mais nous devons donner nos mains au Seigneur pour qu'il les guide. Le pape termine sa lettre en encourageant le peuple mexicain à se confier aux mains de la Vierge de Guadalupe. Marie a touché le cœur de tous les peuples d'Amérique parce que, au-delà des maladresses humaines, l'expérience leur a montré que le Fils de Marie fait ressortir ce qu'il y a de meilleur en nous et l'élève au-dessus de nos propres attentes.

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