Un regard catholique sur l'actualité

Eduardo Roca : « Les chrétiens du Mozambique ont une admirable capacité de résistance. »

A pesar de las dificultades, hay grandes alegrías y razones para la esperanza. El año pasado se celebraron cerca de trescientos bautismos de jóvenes y adultos. Estos hechos constatan que la Iglesia sigue siendo edificada por Dios, independientemente de los intentos externos por destruirla.

Javier García Herrería

23 de mai de 2026

Mozambique
Los fieles procesionan y rezan en respuesta al ataque a la misión de San Luis.

L'Église catholique dans Mozambique Elle opère dans un contexte d'extrême complexité, fortement marqué par l'instabilité humanitaire et la violence dans le nord du pays, notamment dans la région de Cabo Delgado.

Dans ces régions, l'institution est devenue un acteur clé en matière de résilience et d'aide d'urgence, accueillant des milliers de familles déplacées par le terrorisme et coordonnant la reconstruction des habitations après des cyclones dévastateurs.

Dans le diocèse de Pemba et la province de Cabo Delgado, la mission San Luis Gonzaga a subi des attaques massives : lieux de culte, résidences des missionnaires et couvent des religieuses ont été incendiés, et les infrastructures sociales et sanitaires de l’Église, qui desservaient toute la communauté locale, ont été détruites. Ces attaques ont provoqué un nouveau mouvement de population, des milliers de personnes fuyant vers le sud et se réfugiant dans la ville de Pemba.

Nous avons rencontré Eduardo Roca, prêtre espagnol du diocèse de Saragosse, envoyé comme missionnaire il y a 14 ans dans le diocèse de Pemba. Il y est arrivé à l'invitation de l'évêque Ernesto Magengue, qu'il avait rencontré lors de ses études à Rome. Il a pris en charge un projet d'éthique, de citoyenneté et de développement en lien avec l'université catholique du diocèse. Il exerce également son ministère auprès d'une petite communauté majoritairement musulmane en périphérie de Pemba, où il a fait construire une grande église. 

En quoi consiste votre travail à Pemba ?

Comme tout missionnaire, je dois assumer de multiples rôles. En tant que prêtre et pasteur, je préside les sacrements et m'efforce de rendre la Parole de Dieu accessible à la communauté. Cependant, dans un contexte aussi complexe, on devient aussi un modèle pour les gens ; un guide qui doit leur transmettre la sécurité et la certitude que le Seigneur ne les abandonnera pas. C'est facile à dire, mais le vivre dans un contexte de persécution, sous la menace constante de l'extrémisme islamique, est extrêmement difficile.

En plus de mes fonctions pastorales, j'enseigne et je gère les établissements scolaires de la paroisse. Nous avons une école maternelle pour les enfants de deux à cinq ans et un complexe scolaire regroupant l'enseignement primaire et secondaire, qui accueille plus de deux mille élèves. Il s'agit d'un établissement géré par une mission, bien que la majorité des élèves soient musulmans. Je consacre également beaucoup de temps au dialogue interreligieux et à la médiation des conflits en vue de la consolidation de la paix, ce qui constitue l'un de mes axes prioritaires.

Quels sont les travaux que vous souhaiteriez mettre en avant parmi ceux réalisés par l'Église dans cette région ?

–Notre travail dans Pemba Et dans toute la province de Cabo Delgado, elle constitue une réponse directe aux souffrances des communautés. Cette aide s'est concrétisée dans divers domaines. Par exemple, après le passage de deux cyclones ayant causé d'importants dégâts en raison de la fragilité des constructions locales, nous nous sommes concentrés sur la reconstruction des habitations. Caritas, Grâce à ma paroisse, à mon archidiocèse d'origine et à plusieurs congrégations, nous avons réussi à restaurer les toits de nombreuses familles qui avaient tout perdu.

Par ailleurs, nous gérons l'urgence alimentaire. Dans cette zone touchée par le conflit, les possibilités d'emploi sont quasi inexistantes. La majorité de la population est composée d'agriculteurs qui dépendent des cycles agricoles ; lorsque ceux-ci sont perturbés par les intempéries, les pénuries sont critiques. Le centre pour enfants, par exemple, sert environ deux cents enfants par jour, veillant à ce qu'ils rentrent chez eux après avoir reçu au moins un repas.

Enfin, l’Église s’engage pleinement dans l’aide humanitaire. Nous avons accueilli des milliers de familles qui ont cherché refuge ici, fuyant les attaques terroristes dans le nord, lesquelles se sont considérablement intensifiées ; il y a à peine une semaine, une attaque perpétrée à seulement cinquante kilomètres d’ici a entièrement détruit une mission. Cette réalité exige un discernement constant et un réexamen théologique de la manière de manifester la présence du Christ ressuscité au cœur de la souffrance.

Le père Roca avec un groupe d'enfants et de jeunes.

Qu’admirez-vous le plus dans la foi des Mozambicains ?

–Je résumerais son attitude par un concept issu de la langue Macúa : Ulipe, ce qui se traduit par la capacité de résister, mais qui implique fondamentalement l'acte de se relever de la blessure et de la destruction.

Il est émouvant de voir un peuple qui, au milieu de la souffrance et du désespoir le plus total, parvient à chanter des louanges. Au son des tambours, ils semblent briser la réalité du tombeau et invoquer à nouveau la Résurrection. C'est cette force spirituelle qui m'impressionne le plus.

Quels ont été les moments les plus difficiles que vous ayez eu à traverser ?

La période la plus difficile a coïncidé avec l'une des premières vagues d'attaques terroristes, lorsque les insurgés ont atteint le district de Metuge, juste de l'autre côté de la baie de Pemba. Nous étions sans défense et en situation d'insécurité totale. L'incertitude quant à une éventuelle invasion de notre région engendrait une angoisse terrible. À ce moment-là, inquiets pour le sort des enfants et des familles, la seule option envisageable était la prière et la confiance en la miséricorde divine. Cette expérience fut un véritable traumatisme, un choc psychologique dont j'ai dû me reconstruire, par crainte que les atrocités déjà commises dans le nord ne se reproduisent.

L'autre moment critique était lié aux conditions météorologiques. La nuit du second cyclone, sans savoir quelle serait la destruction à l'aube ni si notre propre bâtiment résisterait, nous avons abrité de nombreux enfants et femmes au presbytère, dont les maisons avaient déjà été emportées par le vent et la pluie. Ce sont des situations extrêmes où la foi et la résilience humaine sont mises à rude épreuve.

Avez-vous été témoin direct de violences au cours de votre mission ?

–Oui, la violence a indéniablement façonné notre réalité. Bien que notre communauté de Saint Charles Lwanga de Mahate n'ait été canoniquement érigée en paroisse qu'il y a trois ans, je travaille dans la région depuis près de quinze ans, et j'ai consacré ces dernières années à accueillir des milliers de réfugiés.

Le début de cet exode des familles a profondément marqué ma conscience. Leurs récits étaient déchirants ; ils décrivaient des exécutions sommaires de proches, auxquelles les enfants avaient assisté. Nous avons dû organiser sans délai l’accueil de nombreux enfants orphelins, une tâche que nous avons entreprise en collaboration avec les missionnaires bénédictins résidant à la mission.

Malgré les traumatismes et les souffrances qu'ils endurent, ces personnes font preuve d'une capacité de guérison et d'une résilience étonnantes, bien supérieures à celles que nous, Européens, possédons généralement. Actuellement, notre mission s'est étendue pour soutenir ces migrations internes ; sur les sept communautés que je sers, quatre sont composées exclusivement de familles déplacées par le conflit dans le nord. C'est dans un contexte de perte et de vulnérabilité que se révèle le véritable sens du sacerdoce.

Des églises aussi belles sont possibles grâce à l'Aide à l'Église en Détresse.

Comment évaluez-vous l'évolution et l'avenir de l'Église au Mozambique ?

L’Église maintient son engagement d’assistance à travers des initiatives de logement et des cuisines communautaires gérées par Caritas et la paroisse. Cependant, au-delà de l’aide matérielle, la situation actuelle a engendré un remarquable renforcement spirituel. Historiquement, ces communautés ont été largement négligées en raison d’une pénurie de prêtres, dépendant presque exclusivement du précieux travail des catéchistes et des responsables locaux, souvent peu formés. Par conséquent, l’approfondissement de la vie sacramentelle et ecclésiale exige un effort constant en matière de catéchèse et de formation liturgique.

Ce travail nous remplit d’une grande joie et nous donne de solides raisons d’espérer. L’an dernier, près de trois cents baptêmes de jeunes et d’adultes ont été célébrés. Ces faits confirment que l’Église continue d’être édifiée par Dieu, malgré les tentatives extérieures visant à la détruire.

Enfin, j'estime essentiel de consolider le dialogue interreligieux comme priorité pastorale diocésaine. Après mon expérience précédente en Angola, où l'islam n'était pas une réalité facilement visible, je me trouve ici immergé dans des communautés musulmanes, dont certaines présentent des tendances fondamentalistes.

Cela a représenté pour moi un cheminement de conversion intérieure et un rapprochement avec le mystère inhérent aux différentes religions, toujours dans la perspective du Concile Vatican II et des enseignements des papes récents. En définitive, il s'agit de découvrir les valeurs les plus profondes de la condition humaine dans les contextes les plus inattendus. Comme le disait un frère prêtre disparu : « Les plus belles fleurs poussent parfois dans les endroits les plus inattendus. » Cette capacité à s'émerveiller de la bonté humaine et la nécessité de rester inébranlable face aux difficultés résument notre expérience actuelle.

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