Un regard catholique sur l'actualité

Le témoignage d'un couple de missionnaires : "Mission et grâce sont en symbiose".

José Antonio et Amalia partagent dans cet entretien avec Omnes les grâces et les fruits que leur dévouement en tant que couple missionnaire a produits.

Maria José Atienza

11 de novembre de 2024

Mariage missionnaire
La famille d'Amalia et José Antonio.

José Antonio et Amalia sont un mariage du Chemin Néocatéchuménal qui sont partis en mission en 2011 à Taiwan, après avoir découvert que Dieu leur demandait de tout laisser derrière eux et de faire un saut dans la foi.

En proie au doute, ne connaissant pas la langue et craignant pour l'avenir de leurs enfants, José Antonio et Amalia ont décidé de s'en remettre à Dieu. Dans cet entretien avec Omnes, ils partagent les grâces et les fruits que leur dévouement a produits.

Comment ont-ils découvert qu'ils avaient une vocation missionnaire ?

- Nous appartenons au Chemin Néocatéchuménal où l'on nous répète sans cesse l'importance de l'annonce de l'Évangile : porter le Christ à tous les peuples du monde pour que tous ceux qui l'accueillent aient la possibilité d'être sauvés, comme il l'a fait avec nous. C'est ainsi que chaque année, lors de rencontres et de réunions, nous demandons des prêtres, des célibataires et des familles qui sont librement disposés à partir dans n'importe quelle partie du monde, et c'est ainsi que nous découvrons notre vocation missionnaire.

Quel a été le moment clé de votre vie où vous avez senti que Dieu vous appelait à suivre cette voie ?

- En 2006, lors de la rencontre du Pape avec les familles à Valence, alors que nous avions cinq enfants, nous avons senti pour la première fois que le Seigneur nous appelait à faire cette mission. À l'époque, nous n'étions pas capables de nous lever, pensant qu'il s'agissait d'une folie ou d'un sentiment passager. Mais l'appel a persisté et nous nous sommes vus enchaînés à la vie que nous avions : travail, maison, famille.... mais avec un vide et une tristesse intérieure que rien ne pouvait combler. C'est en 2010, avec le Évangile Nous sommes partis dans le sud de Taïwan, dans la zone aborigène, lorsque nous avons voulu toucher le Christ dans la foi et nous abandonner à sa volonté. Nous sommes donc partis en 2011 avec huit enfants et huit valises.

Comment avez-vous concilié votre vie de famille et votre travail missionnaire ?

- Tout ce que nous avons fait, c'est vivre parmi les Chinois, mais selon ce que l'Église nous a enseigné : manger ensemble autour d'une table avec nos enfants, ce qu'ils ne font pas parce qu'ils travaillent toujours ; célébrer Noël, dans un environnement païen dont ils ne savent pas ce que c'est, et devoir demander la permission à l'école parce qu'un Jésus est né, qui est notre Sauveur, et que nous le faisons connaître, en plaçant la crèche à la porte de la maison pour que les gens la visitent, ....., en vivant simplement au jour le jour.

Il est vrai que nous avons fait ce qu'on appelle sur le Camino la "mission populaire", c'est-à-dire annoncer Jésus-Christ et l'amour de Dieu dans les rues et sur les places, avec des guitares, des chants, des expériences, l'Évangile... Nous avons aussi fait de la catéchèse pour l'initiation au Chemin Néocatéchuménal et des cours prénuptiaux. Mais c'est peut-être dans notre vie quotidienne et celle de nos enfants que nous avons remarqué que le travail missionnaire était le plus fructueux, surtout dans la relation avec leurs camarades de classe et leurs professeurs, que nous avons invités chez nous et qui ont vu comment nous vivions.

Quels sont les défis auxquels vous avez été confrontés en tant que couple marié dans le champ de la mission et comment les avez-vous surmontés ?

- Pour nous, la principale difficulté a été la langue. Nous avons constaté qu'il n'y a pas de plus grande pauvreté que de ne rien comprendre et de ne pas pouvoir parler un mot. Emmener nos enfants chez le médecin et ne pas pouvoir exprimer ce qui ne va pas, comprendre ce qu'ils disent ou savoir quel médicament leur donner ; faire les courses et se sentir trompés à de nombreuses reprises ; expliquer les difficultés de nos enfants aux enseignants .....

Nous avons commencé sans connaître le chinois, et petit à petit le Seigneur nous a ouvert les oreilles, nous avons commencé à comprendre, à baragouiner des mots, jusqu'à ce que nous puissions nous débrouiller.

Une autre difficulté est d'essayer de comprendre leur culture, si différente de la nôtre, et pour cela rien de mieux que de vivre comme eux : manger leur nourriture, mettre nos enfants dans leurs écoles publiques, travailler dans leurs métiers (se reposer le dimanche), accoucher dans leurs hôpitaux, rester sur place lors des pluies torrentielles, des typhons, des tremblements de terre....

Comment l'avons-nous surmonté ? Évidemment par la grâce de Dieu et les prières de nous-mêmes et de notre communauté, ainsi que celles de certaines religieuses qui ont également prié pour notre famille et notre mission.

Comment le travail missionnaire a-t-il renforcé votre relation de couple ?

- Notre relation en tant que couple marié est devenue très, très forte, parce que nous étions si seuls, nous avions tant de difficultés autour de nous, que le choix que nous avons fait a été de nous unir à Dieu et de nous unir l'un à l'autre. Il ne servait à rien de se battre, de se disputer pour des choses stupides qui surviennent dans la vie de tous les jours et qui ne sont qu'une imposition de la raison. Le mieux était de céder, de s'humilier, de se faire plaisir et de profiter des petits moments. C'est ce que nous avons transmis à nos enfants. Notre mariage a pris un virage à 180º.

Que diriez-vous à d'autres couples qui ressentent le désir de s'engager dans la mission mais qui ont des doutes ou des craintes ?

- Nous comprenons parfaitement les craintes, les appréhensions et les doutes, mais l'expérience montre que Dieu fait grâce et ne cherche jamais à dépasser nos forces. Bien sûr, c'est une vie avec beaucoup de souffrances, nous ne la peignons pas en rose, mais avant tout, il y a la puissance de Dieu qui ne nous a jamais quittés. La mission et la grâce sont une symbiose qui se réalise lorsque nous disons "oui".

Comment avez-vous vu la main de Dieu à l'œuvre dans les personnes que vous avez servies au cours de votre mission ?

- C'est un si grand cadeau que le Seigneur nous a permis de vivre ! L'une de nos filles était dans la classe enfantine et nous nous sommes liés d'amitié avec son institutrice, une païenne bien sûr. Nous avions besoin d'une personne pour s'occuper de nos enfants pendant que nous allions à l'Eucharistie et nous lui avons demandé. Elle a donc commencé à venir chez nous, à voir comment nous vivions et à poser des questions. Elle a été baptisée et s'est même mariée il y a quelques mois et c'est maintenant son mari qui veut être baptisé.

Nos enfants ont également amené des amis qui, en voyant comment nous vivons, se sont de plus en plus attachés à notre famille et ont souhaité avoir quelque chose de semblable dans leur vie. Certains n'ont pas pu rompre avec les traditions de leur foyer, mais au moins ils connaissent un autre mode de vie.

Mais les plus grands bénéficiaires de la mission ont été notre famille, nous en tant que couple marié, comme nous l'avons expliqué, et nos enfants au sujet desquels nous nous sommes toujours interrogés : avons-nous gâché la vie de nos enfants ou est-ce un don qui portera ses fruits avec le temps ? Mais "le Seigneur a été grand avec nous et nous sommes heureux" : nos enfants ont appris à vivre de Dieu, littéralement, et cela ne s'apprend pas à l'école. C'est la chose la plus importante que nous leur ayons apprise.

Notre évêque, D. Demetrio, nous a dit avant de partir et c'est ce qui nous est resté : "il n'y a pas de meilleure école pour vos enfants que la mission". Mais le Seigneur nous permet aussi de voir des fruits incroyables : notre fille aînée, Maria, est missionnaire à Harbin (Chine du Nord) ; notre quatrième fils, Jose Antonio, vient d'entrer au séminaire missionnaire diocésain Redemptoris Mater à Vienne ; notre deuxième fille, Amalia, veut se marier dans quelques mois et former une famille chrétienne ouverte à la vie et dans son cœur elle a encore l'agitation de la mission (Dieu leur en parlera...). Ainsi, face à toutes les craintes que nous pouvons avoir pour la vie de nos enfants, Dieu déborde.

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