{"id":59157,"date":"2026-03-11T06:33:00","date_gmt":"2026-03-11T05:33:00","guid":{"rendered":"https:\/\/staging.omnesmag.com\/?p=59157"},"modified":"2026-03-09T11:13:07","modified_gmt":"2026-03-09T10:13:07","slug":"le-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.omnesmag.com\/fr\/actualidad\/el-criticon\/","title":{"rendered":"Le critique"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">Baltasar Graci\u00e1n (1601-1658) a \u00e9crit et publi\u00e9 en trois parties l&#039;une des \u0153uvres les plus ing\u00e9nieuses de la langue castillane de tous les temps, qui a toujours \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur des grandes critiques de la mentalit\u00e9 chr\u00e9tienne de son temps, satirisant d&#039;une mani\u00e8re originale et avec une grande \u00e9l\u00e9gance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La prudence et le jugement de l&#039;\u00eatre humain<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&#039;argument sous-jacent de cette all\u00e9gorie vaste et intense d&#039;une soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re est la vertu de la prudence et l&#039;importance de voir au-del\u00e0 des premi\u00e8res impressions pour vraiment comprendre le type de personne et le degr\u00e9 d&#039;immaturit\u00e9 et de coh\u00e9rence qu&#039;elle poss\u00e8de afin de juger avec \u00e9quanimit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Assur\u00e9ment, les livres de sagesse de l&#039;Ancien Testament et le regard critique des J\u00e9suites de tous les temps s&#039;y refl\u00e8tent parfaitement et sont fortement exag\u00e9r\u00e9s pour amuser le peuple.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">critique sociale et religieuse<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&#039;\u00e9dition C\u00e1tedra, comme toujours tr\u00e8s soign\u00e9e, techniquement irr\u00e9prochable et enrichie des annotations du professeur Santos Alonso, regorge d&#039;\u00e9rudition et de notes perspicaces qui non seulement rapprochent le texte du public universitaire, mais mettent \u00e9galement en lumi\u00e8re l&#039;immense culture du j\u00e9suite Graci\u00e1n.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la lecture d\u201c\u201d\u00a0El Critic\u00f3n\u00a0\u00bb, on comprend mieux la vie mouvement\u00e9e de Baltasar Graci\u00e1n et les accusations de cruaut\u00e9 dont il fit l\u2019objet, ce qui \u00e9tait inhabituel pour l\u2019\u00e9poque. En r\u00e9alit\u00e9, il ne faisait que d\u00e9noncer la bassesse du c\u0153ur humain lorsqu\u2019il juge sans piti\u00e9 et avec froideur les personnes ou les d\u00e9cisions des autorit\u00e9s civiles et eccl\u00e9siastiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9alit\u00e9, l&#039;orgueil, la vanit\u00e9, le d\u00e9sir de se distinguer et les manifestations les plus flagrantes de vaine gloire sont les plus cruellement critiqu\u00e9s. D&#039;une certaine mani\u00e8re, les pharisiens n&#039;\u00e9taient pas moins critiqu\u00e9s par J\u00e9sus. Mais assur\u00e9ment, le Seigneur leur demandait d&#039;avoir foi en lui, et ils comprendraient tout. Graci\u00e1n ne fait que r\u00e9v\u00e9ler les intentions cach\u00e9es du c\u0153ur humain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Style narratif et perspective<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certes, avec le recul, l&#039;\u0153uvre est in\u00e9gale et manque souvent de rythme narratif, mais Baltasar Graci\u00e1n endoctrine le peuple, et en particulier les classes dirigeantes, sur tous les aspects de la vie. Il exprime une profonde m\u00e9fiance envers la nature humaine, qu&#039;elle soit d\u00e9chue ou rachet\u00e9e. Par moments, il adopte un ton sceptique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s les premi\u00e8res pages, l\u2019un des narrateurs, fin connaisseur de la situation mondiale et des croyances chr\u00e9tiennes, s\u2019exclame : \u201c venir voir avec nouveaut\u00e9 et avec avertissement la grandeur, la beaut\u00e9, l\u2019harmonie, la fermet\u00e9 et la vari\u00e9t\u00e9 de cette grande machine cr\u00e9\u00e9e \u201d (77).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certes, l&#039;ouvrage manque, par endroits, d&#039;enthousiasme, d&#039;optimisme et de positivit\u00e9. La profusion d&#039;absurdit\u00e9s est d\u00e9cevante. Cependant, on y trouve aussi une ironie critique, pleine de bienveillance, qui provoque ind\u00e9niablement le rire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences religieuses et v\u00e9rit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut \u00e9galement reconna\u00eetre que Graci\u00e1n, tout au long de son trait\u00e9, se r\u00e9f\u00e8re constamment au Nouveau Testament pour y trouver les promesses \u00e9ternelles du Cr\u00e9ateur. Par exemple, la parabole de la semence tomb\u00e9e le long du chemin, sur un sol rocailleux, parmi les \u00e9pines, puis en bonne terre, rec\u00e8le un enseignement \u00e9ternel sur la mani\u00e8re de r\u00e9pondre \u00e0 la gr\u00e2ce divine et une invitation quotidienne \u00e0 l&#039;amour de Dieu. De plus, Graci\u00e1n nous dit que cela se produit chaque jour. L&#039;esp\u00e9rance repose sur le fait que Dieu pardonne, oublie et fait confiance \u00e0 l&#039;humanit\u00e9\u00a0: \u201c\u00a0la fin elle-m\u00eame est le commencement, la destruction d&#039;une cr\u00e9ature engendre une autre. Quand tout semble fini, alors tout recommence\u00a0: la nature se renouvelle, le monde est rafra\u00eechi, la terre est r\u00e9tablie et le gouvernement divin est admir\u00e9 et ador\u00e9\u00a0\u201d (92).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La disparition et la marginalisation, dans la pratique, du concept de v\u00e9rit\u00e9 sont d\u2019un grand int\u00e9r\u00eat\u00a0: \u201c\u00a0Il est tr\u00e8s naturel \u00e0 l\u2019homme d\u2019\u00eatre enclin \u00e0 se tourner vers son Dieu, vers son commencement et sa fin, qu\u2019il l\u2019aime ou qu\u2019il le connaisse (\u2026) Ainsi, un philosophe a justement d\u00e9fini cet univers (Job) comme un grand miroir de Dieu\u00a0\u201d (95). Et, plus loin\u00a0: \u201c\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9e, abandonn\u00e9e et rel\u00e9gu\u00e9e si loin qu\u2019aujourd\u2019hui encore, on ne sait plus o\u00f9 elle s\u2019est arr\u00eat\u00e9e\u00a0\u201d (140).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme nous l&#039;avons d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 en introduction, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la vertu de prudence sont constantes et d&#039;un grand int\u00e9r\u00eat\u00a0: \u201c\u00a0les personnes v\u00e9ritablement sages sont prudentes et vertueuses\u00a0\u201d (415). Ceci est essentiel tant dans le texte que dans son contexte (181). De m\u00eame, on trouve des invitations constantes \u00e0 consid\u00e9rer les choses sous diff\u00e9rents angles afin de porter ce jugement prudent qui enrichit la personne, lui conf\u00e8re du discernement (182) et la pr\u00e9serve des d\u00e9ceptions (185).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est particuli\u00e8rement important de noter la r\u00e9f\u00e9rence et l&#039;\u00e9loge de la libert\u00e9 tout au long de l&#039;\u0153uvre, \u00e0 la fois comme autod\u00e9termination et comme libre arbitre : \u201c la libert\u00e9 : une grande chose, ne pas d\u00e9pendre de la volont\u00e9 des autres, et encore moins d&#039;un fou, d&#039;un imb\u00e9cile, car il n&#039;y a pas de tourment comparable \u00e0 l&#039;imposition des hommes sur les t\u00eates \u201d (274).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Valeurs fondamentales<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&#039;importance de l&#039;amiti\u00e9 est \u00e9galement fortement soulign\u00e9e : \u201c Celui qui n&#039;a pas d&#039;amis n&#039;a ni pieds ni mains, il vit estropi\u00e9, il marche aveugl\u00e9ment. Et malheur \u00e0 celui qui est seul, car s&#039;il tombe, il n&#039;aura personne pour l&#039;aider \u00e0 se relever \u201d (337).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne voulons pas manquer de souligner une critique voil\u00e9e de Baltasar Graci\u00e1n de l&#039;\u00c9cole de Salamanque et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, des fameux pr\u00eats pr\u00e9caires que Francisco de Vitoria avait approuv\u00e9s sur la marchandise afin de r\u00e9cup\u00e9rer int\u00e9gralement le capital en \u00e9vitant de tomber dans l&#039;usure, que Graci\u00e1n appellera avec sa critique subtile le terme \u201c usure att\u00e9nu\u00e9e \u201d (425).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il \u00e9voquera \u00e9galement, avec un esprit sportif, les critiques voil\u00e9es de Traiano Boccalini \u00e0 l&#039;\u00e9gard des ambitions expansionnistes de l&#039;Espagne en Italie, avec sa pr\u00e9sence effective \u00e0 Milan et \u00e0 Naples et, par le biais d&#039;accords, \u00e0 G\u00eanes et \u00e0 Venise (63, 696). Le tout dans ce qu&#039;il appellera \u201c le fil t\u00e9nu de la vie \u201d (764).<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Baltasar Graci\u00e1n (1601-1658) redact\u00f3 y public\u00f3 en tres entregas una de las obras m\u00e1s ingeniosas en lengua castellana de todos los tiempos que siempre ha estado a la altura de las grandes cr\u00edticas a la mentalidad cristiana de su \u00e9poca, satirizando de un modo original y de una gran elegancia. 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